20/11/2006

je bloggue peu donc je suis 20.11.06

Nous arrivons au restaurant. Il y a déjà pas mal de peuple. J’en connais certains. Pour la majorité, je ne les apprécie pas. J’en déteste même cordialement certains. Nous arrivons. Regards curieux de certains. Un resto japonais des plus cher. Les tables sont mises en rond. Au milieu, une espèce de petit cagibi où, sous une énorme hotte, deux tables de cuissons sont disposées. Je l’avais déjà entendu mais je ne pensais pas que cela existait réellement. Le kitsch et le mauvais goût waterlooen s’étale devant moi. Dans le fond, une musique improbable tourne sans arrêt. On y distingue entre autre du Nana Mouskouri et pas mal de ce qu’on a appelé des succès des années 70. A la première écoute, c’est déjà pénible. Nous arrivons. Ils sont tous sagement assis. Ils ont le kimono couleur tenture comme mes parents avaient quand j’étais plus jeune, des tentures affreuses dont le tissus de mauvaise qualité se décomposait petit à petit au fur et à mesure qu’on tirait dessus. Ils sont tous vêtu de ce truc moitié satin moitié je ne sais quel synthétique de merde. Une façon de te protéger des éclaboussures improbables de graisse qui pourrait surgir des tables de cuisson. Une autre, de prendre flamme devant tous et de gentiment avoir les vêtements qui fondent sur toi. Un genre de happening Teppan-Yaki à la Bokassa, en quelque sorte. Ils sont tous là. Anciens du collège St-Pierre, anciens de l’IAG et de la fac de droit, anciens des troupes de guides de Lasne ou de Waterloo…Je me suis longtemps demandé si ma participation en tant qu’extra terrestre aux attitudes carrément hostiles vis-à-vis d’eux était des plus nécessaire. Pour une raison encore assez obscure pourtant, j’ai accepté. Un reste de loyauté envers les 30 ans barbus et bon bourgeois qu’on se devait de fêter. Ils sont tous là. Enfin, je dis qu’ils sont tous là mais c’est plutôt pour faire joli et planter le décor kitsch de ce resto aux énormes hottes où des collègues en goguette de société bon ton vont fêter les 20 de services d’une secrétaire, du chef ou des deux. Nous arrivons. En retard. Je ne m’étends plus sur mes capacités à arriver en retard, elles arrivent même à me stupéfier. Ils sont plus d’une dizaine déjà. En rang d’oignon, assis sur une portion du contour du cercle. Aucunement disséminés. Gentille foule, gentille ligne courbe assise composée de juristes mères de familles et assistantes, d’ingénieurs avec de bonnes têtes de contentement de soi et d’autres élites d’aujourd’hui déjà. Ingénieurs, juristes, mères de familles et lasnois nous regardent arriver. La plupart me connait. Pour savoir m’être fritté avec plus d’un d’entre eux. Au point que les invitations au bal de la duchesse ont commencé à se raréfier très sérieusement. J’ai pris cette invitation comme elle l’était peut-être, une somptueuse ironie. Nous arrivons. Les têtes se tournent. Il y en a peu qui sourient. J’en ai déjà vu la plupart, j’ai eu la bonne idée d’oublier le prénom et le nom de la majorité.Au fond, M. et P. M. n’a pas l’air très heureuse. Loin de là, même. Je ne peux aller m’assoir directement et me perdre dans la foule. Non, la ligne est bien assise là, sagement, toute avec son peignoir bleu. Elle attend la bise sur le côté, le petit mot ou la présentation plus ou moins officielle. La ligne nous regarde. Curieuse de mademoiselle. Nous nous y prêtons. Machin brolbrol –enchanté, ou salut je sais plus trop. Je salue un peu plus l’invitatrice à la cérémonie et vais porter mon hommage aux trente ans en peignoir bleu genre tenture qui trônent au milieu de la sage ligne, assez bourrés. Formules, tapes un peu viriles et petit cadeau glissé dans les mains parce que plutôt crever que de m’associer au nombre de blaireux brabanwallonceaux qu’il y a autour de la moitié du cercle. Je défile. Mademoiselle défile arrive juste derrière moi. J’ai un grand sourire. M fait grise mine. Je dois dire que loin de me déplaire, cela sonnerait plutôt pour moi comme une petite musique des sphères, quatuor de Shostakovitch déchirant de beauté. La conversation est laconique, pour ne pas dire inexistante. -Salut – Salut. Point final. P., mari de M. depuis que j’ai eu la bonne idée de partir au Nigéria pendant quelques mois il y a des années de cela se lève, me tend la main et se présente. C’est très gentil. Ethéré. Il y a une tension énorme, que tous sentent sauf mademoiselle devant qui j’essaye de faire encore bonne figure et de masquer mon agressivité pathologique. Cette façon de se présenter, de dire que non non non nous ne nous connaissons pas, cette espèce de passation très bassement symbolique du témoin. Je souris. Je dois bien reconnaitre qu’il est plu diplomate que je ne le suis- mais qui ne l’est ? Je laisse une chaise pour mademoiselle et m’assied à la suite de la file. Pour directement entendre la voix paniquée de P. me dire que les deux chaises qui les voisinent donc sont déjà occupées. Que de tendresse et de côté mignon à cette mise à distance. Nous nous relevons. Mademoiselle trouve étrange cette façon d’assoir les gens, une grande file, un trou de deux places et puis deux personnes finalement esseulées. A voix modérément basse, j’explique gentiment à mademoiselle les anciens liens qui ont pu nous tenir seuls à deux pendant un certain nombres d’années. Assis à trois chaises d’elle et pour la première fois, j’ai vraiment la confirmation de la justesse de ma décision si trouble d’il y a plus de trois ans. Nous attendons. Mademoiselle et moi devisons. Les autres papotent je crois. En fait, je dois bien m’en foutre. Je n’évite aucunement le regard de M., qui elle se doit de tourner la tête ostensiblement de gauche à droite et de rire trop fort de son rire trop campagnard, comme à son habitude. L’invitatrice en chef se lève et vient nous causer. On est en plein cours de bienséance, où la maitresse de maison se doit de venir parler aux bouseux esseulés. Nous sommes les bouseux esseulés. On nous papote et nous explique de même qu’il serait bien même qu’il serait bien qu’on aille s’assoir encore plus loin, afin que d’autres personnes (tu vas voir, je suis sure que tu vas t’entendre super bien avec lui, en plus il s’intéresse à plein de chose et il a été élu sur les listes du CDH à Woluwé St-Lambert (-Ha ? Vraiment certaine qu’on va baiser ce soir, lui et moi ?) On nous déporte donc en bout de file. Qui a une espèce de forme de C majuscule. On serait à une des extrémités. En face de moi, maintenant et après tous ces déplacements, M. En face de P., mademoiselle. Mademoiselle ne connait pas vraiment l’histoire et ne ressent pas la tension. Moi, je m’y plais et goûte à chaque minute de l’absurde de cette situation et de ce réconfort qu’on a, des années plus tard, à savoir que tout cela fut juste, si cela ne fut pas bon pour autant. Il y a maintenant 5 places vides entre nous et le reste. 5 places réservées mais tu verras, ils sont super drôles et puis comme ça, on ne vous dérange pas. Je demande à la maitresse de maison si elle ne préfère pas qu’on aille s’assoir à une autre table. Je connais la réponse. Les personnes se remplissent petit à petit. Je siffle gentiment de la bière pendant que l’avenir CDH de Woluwé consulte la carte de mauvais vins en faisant la fine bouche et en parlant dans un anglais désopilant à un serveur qui, si il est jaune et avec une sérieuse tendance à avoir les dents qui poussent vers l’avant comme dans les caricatures si populaires d’Hergé, n’en parle pas moins un impeccable français. Mais bon, Mr CDH Woluwé qui, je crois, est juriste et ancien camarade de classe de P., juriste dans un cabinet d’audit au Luxembourg (M. a toujours adoré l’aventure, faut-il croire) n’en a que foutre. Il a décrété que le meilleur vin du monde était un méchant pinot noir et que le serveur se devrait de comprendre son anglais lunaire. Il reste deux places vides entre nous et la queue. Le coin M & P parle un peu plu fort maintenant. C’est touchant. Je marmonne à mademoiselle. Ou regarde fixement M qui détourne le visage et refais craquer son cou, comme je l’ai vu faire pendant si longtemps. Ce que j’ai toujours pu détester ce genre de mimique de douleur de mes couilles chroniques. Par le menu, j’ai le récit d’un mariage à Venise raconté à des personnes qui l’ont déjà entendu. Mais ce récit m’est destiné, petit pied de nez pas bien méchant. Son mauvais goût m’étonnera toujours. Je me demande si on fait des boules de neige avec les faire-part dans la capitale du kitsch. J’ai aussi droit au récit de ah non, pas de viande et pas de poisson cru et pas d’alcool. Qu’elle raconte à une fille qui elle, lui parle de ses moufflets si j’en crois mes oreilles qui se partagent entre leur mission de concierge de table et le doux babil enchanteur de mademoiselle. Amusant de raconter fort et à voix haute les restrictions alimentaires qu’elle s’impose  parce qu’elle est enceinte. Amusant de la voix expliquer cela à une mère de famille. Pour la première fois, au risque de me répéter, cela ne m’émeut absolument plus. Chacune de ses phrases, de ses éclats de rires lourds et gras, de sa tête dodelinant sous les mimiques grossières qu’elle fait quand elle secoue son cou de gauche à droite, chaque seconde efface une petite pointe d’amertume. Mademoiselle commence à se rendre compte de l’ironie de tout cela. Nous décidons donc de passer une bonne soirée à deux en bout de file et faisons le moins possible pour montrer une fausse joie gonflée d’ostentation, comme on peut tenter de me la gicler au visage de l’autre bout de la table. Les derniers arrivent. Et je dois bien dire que j’aime bien ce type là, tout aussi asocial que moi, préférant, lors de la dernière soirée du copain à 30 ans maintenant s’éclipser et aller lire des BD alternatives dans une chambre mal éclairée. Sa femme l’accompagne. Etrange conversations entre ingénieurs commerciaux et civils sur le supermarché ferraille et Pierre la Police. Nous dénotons. Jouons tous les 4 la montre. Loin de là de se faire chier, à vrai dire je passe une excellente soirée entre mademoiselle, cette personne asociale et le rire graisseux en face, la tête de gauche à droite parce que ouille ouille ouille le cou. Mais bon, nous avons tous conscience que pour le paquet de fric dont on va nous dépouiller, il serait plus chouette de passer le même genre de soirée à deux, voire quatre. Le repas se déroule. Chiant à mort, de regarder un teppan yaki, en fait. Je regarde donc en face de moi. On se doit donc de regarder à gauche, à droite. Bien à droite, plutôt. La nourriture sautille dans tous les sens, on nous force à jouer aux otaries savantes en nous balançant de l’omelette. Je regrette les batailles de chopes de l’ancienne Jefke. Mademoiselle aussi. Il nous arrive de discuter de ce fameux événement, la fermeture de l’ancienne Jefke et la soirée dantesque que cela fut. Passons. C’était il y a près de 15 ans maintenant. La nourriture saute, grésille. Il fait chaud. Je bois Kirin sur Kirin. Un petit dessert et il est déjà temps de s’éclipser. Eux, nous nous levons. Nous nous faisons attraper par la maitresse de maison. Et relance de papote un peu plu débridée maintenant que la ligne commence à barrer un peu en couille. Je lui souligne l’ironie de la situation. Je me demande ce qui se cache derrière tout cela. Certainement rien. Quoique cela puisse vouloir signifier, ce fut excellent pour moi, si ce n’est pour les sousous bêtement gâchés. La maitresse de maison suivis des 30 ans viennent nous papoter maintenant que j’ai su passer une soirée entière sans me frictionner avec qui que ce soit. Quoique l’idée soit toujours seulement très légèrement enterrée. Et qu’elle dépasse parfois. Passons. Parlotte, ironie féroce et thèmes de circonstance. Les mains molles parlent d’un point juridique des plus drôle de l’autre côté de la table. Nous en avons tous assez vu. Marre de ce spectacle improvisé et de la gêne que celle-ci provoque tout autour de nous maintenant. Nous payons. J’enlace mademoiselle. A 11h du soir, nous quittons le brabant wallon.

22:47 Écrit par Lester dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Always the same Si ça te dit de venir faire un tour dans mon bordel, tu connais l'adresse.

Écrit par : supra bailly | 22/11/2006

... Ben, t'en as pas changé récemment?

Écrit par : F. | 24/11/2006

le mail non, le reste yaplus.

Écrit par : supra bailly | 24/11/2006

... Goed genoteerd

Écrit par : F. | 30/11/2006

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